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À TRAVERS LA PORTE DE LA LUNE
Une expérience de mort imminente et une boucle temporelle
Par
Robert Moss
Lorsque
javais 9 ans, je fus transporté durgence dans un hôpital de Melbourne,
Australie, après avoir ressenti de la douleur du côté droit de labdomen. Il savéra que mon appendicite allait se
rompre. Les médecins avaient des doutes
quant à ma capacité de survivre à lopération, car je me remettais à peine de
plusieurs pneumonies consécutives. Un
docteur dit à ma mère : « Laissez
aller celui-ci, il ne survivra pas».
Sous
anesthésie, sur la table dopération, je
sortis de mon corps, décidai que je ne tenais pas à voir le travail sanglant du scalpel
et me laissai flotter au travers de la porte dont les molécules sétiraient comme
du caramel pour laisser passer mon énergie, ce qui me mena dans le corridor où ma mère,
entourée du bras de mon père, pleurait silencieusement.
Je flottai vers une fenêtre dans la lumière éblouissante de
lextérieur, dans les couleurs printanières et les rires des jeunes amoureux assis
à une table de parterre les yeux dans les yeux. Je
me sentis attiré par locéan. Comme je
ne pouvais voir la plage à partir de la fenêtre de lhôpital, je passai à travers
la fenêtre où, sur lallège, se trouvait un oiseau noir qui lança vers moi un cri
rauque et monta droit dans les airs. Je
suivis loiseau et mélançai au-dessus des toits.
Volant
au-dessus de la Ville, je vis une énorme pleine lune, bouche ouverte pour former une
entrée au Parc dattractions, un endroit prisé au bord de leau. Je mengouffrai à travers la porte lunaire
et plongeai dans lobscurité. Jai
essayé de revenir, mais quelque chose me tirait vers le bas. Cétait comme si je déboulais dans le puits
dune mine, kilomètre après kilomètre, sous la surface de la Terre.
Je tombai
dans un autre monde. Cétait difficile
de discerner quoi que ce soit à travers la fumée dun énorme brasier. Un géant à peau couleur de cendre méleva
très au-dessus du sol, tout en chantant. Les
êtres de ce monde maccueillirent ils étaient grands, longiformes et très
pâles - ils ne ressemblaient à rien de ce que javais connu durant mes neuf années
de vie sur terre. Ils me dirent quils
avaient rêvé de ma venue et quils méduqueraient comme lun des leurs. Mon éducation consistait à rêver, seulement
rêver, dans une cave-incubateur ou, encore, de rêver avec dautres couché dans une
charette placée près des tas de cendres de la Maison du Conseil.
Des
années passèrent. Durant le plus grand
festival de lannée, lorsque les feux de joie flambent plus haut que les fleurons à
têtes doiseau de la Maison du Conseil, je fus marié rituellement à la nièce
favorite du roi-Chaman de ce peuple. En
grandissant, le souvenir de ma vie à la surface de la Terre sestompa. Je devins père, puis grand-père, puis Chaman,
puis Ancient. Lorsque mon corps mourut, le
gens le mirent sur un bûcher funéraire. Alors
que la fumée montait du bûcher, je voyageai avec cherchant parmi les étoiles les
chemins que prennent les feux des galaxies en sécoulant comme du lait. Tout en mélançant vers le haut, je fus
ébloui par la beauté des choses; je plongeai dans le vert enivrant, fracassai la croûte
terrestre vers un monde dasphalte chaud, de voitures et de trams et me retrouvai
violemment dans le corps tourmenté dun garçon de 9 ans dans un lit dhôpital
de Melbourne.
De cette
expérience, et dautres, de mon enfance, je
sais pour aussi loin que je me souvienne quil y a des mondes au-delà
de la réalité physique. Grandissant dans
une famille de militaires, dans un environnement très conservateur, il ny avait que
très peu de personnes dans mon entourage avec qui je pouvais, en toute confiance,
partager des expériences de cette nature. La
première personne que je rencontrai qui pouvait confirmer et valider mes expériences fut
un jeune garçon aborigène éduqué dans une tradition qui attache de limportance
aux rêves et qui enseigne que le monde des rêves est un monde réel.
Jai
rencontré Jacko alors que je vivais avec ma famille dans une banlieue défavorisée de
Brisbane. Nous voyagions en tram et
déambulions dans les buissons en nous racontant mutuellement nos rêves. Jacko me confirma que rêver cest
voyager : nous sortons régulièrement
de notre corps et voyageons dans le futur ou dans dautres dimensions, incluant le
domaine de nos ancêtres et de nos guides spirituels.
Loncle de Jacko, un artiste populaire, recevait les idées pour ses
meilleurs tableaux ceux qui nétaient pas destinés aux touristes en
entrant dans le Temps des rêves.
Dans mes
rêves, dautres guides vinrent à moi. Lun
deux était un jeune Grec éblouissant qui insistait pour utiliser le vocabulaire
difficile des philosophes néo-platoniciens. Il
mapprit que la vraie connaissance passe par lanamnèse : « se rappeler » la connaissance que
nous avons un jour possédée, au niveau de lâme et de lesprit, avant de nous incarner dans cette vie. Un de mes visiteurs, dans mes rêves, était un
fringant pilote de la « Royal Air Force » de la Deuxième guerre mondiale. Un autre était un grand homme aux cheveux blancs
qui me semblait être comme un oncle bienveillant. Au
cours de mes maladies successives, il survenait dans mes rêves, disant :
« cela peut te sembler étrange, mais un jour viendra où les gens non seulement
viendront écouter tes rêves mais où ils seront en fait anxieux de les
connaître ». Il me faisait une demande
bizarre: il me demandait de mettre du sel et
du poivre sur mes crêpes lorsque ma mère mamenait au café du magasin à rayons
Myers pour prendre le thé durant ses expéditions de magasinage. Ceci était reconnu comme une de mes bizarreries
denfant. Quant à mon visiteur grec, il
me montra un serpent, vif et tout en or, enroulé autour dun bâton et me dit que ce
signe me guérirait. Lorsque jeus onze
ans, un jour que je rentrais de lécole, jai vu un ciel orageux souvrir
et me révéler la même image décuplée en des proportions colossales. Après, la série de maladies menaçant ma survie
cessa.
En
étudiant mes rêves dadulte, je découvris quil était possible de voyager
dans une réalité multi-dimensionnelle sans avoir à vivre les supplices de mon enfance;
que chaque nuit dans nos rêves, des portes souvrent sur dinnombrables
possibilités et sur des aventures sans limites. Plusieurs
décennies plus tard, je suis retourné en Australie,
à partir de ma résidence dans le nord de lÉtat de New York, pour
enseigner les techniques du travail sur les rêves à de larges audiences.
Au cours
dune exposition dart aborigène, dans un musée de Sydney, je me suis
retrouvé face à un mur de tableaux qui dépeignaient avec exactitude ces êtres que
javais rencontrés lorsque javais passé par la porte lunaire du Parc
damusement. Ces tableaux étaient
luvre dun artiste de la Terre dArnhem qui appelait les pâles
formes longitudinales quil peignait : les
« Esprits Mimi ». Il disait que,
lorsquil est malade, il va vivre à Melbourne.
À
Melbourne, je suis allé au magasin à rayons Myers pour manger des crêpes salées
et poivrées et jai découvert que les crêpes nétaient plus au menu. Mais, comme je regardais mon reflet dans un
miroir, jai vu le grand homme aux cheveux blancs qui mavait visité dans mon
enfance et jai réalisé quil avait tenu sa promesse.
© Robert Moss 2004 Tous
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